Molière


MOLIÈRE, L'IMMORTEL

«Il est peu de voix immortelles. La voix de Molière, depuis trois cents ans, n’a cessé de vivre et de parler. Vous croyez avoir un livre entre les mains. Non pas. C’est un homme qui vient à vous, dans son costume jaune et vert, qui s’incline légèrement par-dessus les chandelles, comme sur la gravure, et qui sourit. Ses lèvres bougent. Ce n’est pas seulement ce qu’il dit que vous allez entendre. Vous feuilletez Le Misanthrope, Les Fourberies ou Le Malade. Si ce n’était qu’un livre, il n’aurait pas ce souffle, ni ce rythme, il n’aurait pas ces mouvements qui vous le font bouger entre les doigts. Molière agit et parle. Son corps est là. C’est l’homme de théâtre. C’est le pur créateur dramatique qui attaque son public. L’intrigue, les personnages, la construction des scènes, la forme du dialogue, les mots même ne sont pas toujours à lui. Mais à sa voix, vous l’aurez reconnu. C’est son allure et son accent qui nous le font irremplaçable.»

La voix de Molière, Jacques Copeau

Cahiers de la Compagnie Madeleine Renaud Jean-Louis Barrault


MOLIÈRE L'UNIVERSEL

«On parle à propos du français de la langue de Molière comme si, par l’universalité de son talent, les siècles étaient abolis et qu’il était définitivement notre contemporain, en France comme à l’étranger.»

www.ac-grenoble.fr / Molière en scène

 

«Nous applaudissons toujours Molière avec ferveur, mais sommes-nous bien certains de le comprendre ? Les mises en scène [...] d’aujourd’hui font valoir sa profondeur psychologique ou l’audace de ses idées morales, mais parfois au détriment du rire joyeux et profond qui est la marque propre de son génie et qui donne le sens de son théâtre. Un constat s’impose : on a tiré Molière du côté du drame, on l’a joué comme Ibsen ou Tchekhov, dans l’idée, peut-être, que la gravité, la tristesse et la mélancolie constituaient un label suprême de qualité. Le malentendu n’est pas neuf. Il date au moins du Romantisme, mais il s’est accentué. Il est donc urgent de le dissiper pour réapprendre à lire Molière et surtout pour retrouver les plaisirs dont nous avons été privés.

Il faut tout d’abord oublier la distinction factice entre hautes et basses comédies, car l’esprit de la farce, que l’on fait profession de dédaigner, est omniprésent dans son oeuvre. La farce nous conduit dans l’étrange, dans le domaine à la fois hilarant et tout à fait sérieux où l’on triomphe, en riant, de la violence et de la mort.» Le Rire de Molière, Michael Edwards, Editions de Fallois. Quatrième de couverture

 

 

«...le rire devient le lieu où tout se concentre. Il (Molière) ne demande, dans le second placet concernant Tartuffe, que «faire rire le roi». Il s’inquiète, selon L’Impromptu de Versailles, de «faire rire» les grands seigneurs, qui «ne rient que quand ils veulent». Il médite, dans La Critique de l’Ecole des femmes, sur l’étrange entreprise de «faire rire» les honnêtes gens. Cette dernière expression, célèbre, n’implique-t-elle pas que le rire est essentiel ?

A la ville comme à la cour, Molière suppose que le propos de la comédie consiste à faire rire, quels que soient le sérieux et la portée de son dessein. Et ses premiers spectateurs ne s’y trompaient pas. Dans les «grandes» comédies autant que dans les farces, ils remarquaient l’importance qu’il accordait au jeu, à la mimique, aux grimaces. [...] On comprend mieux son rire, finalement, en réfléchissant sur sa façon de jouer et sur les rôles qu’il se réservait. Sur scène, il semble avoir pris un immense plaisir à jouer [...]. En choisissant de jouer lui-même les «personnages ridicules», les Orgon, Georges Dandin ou Harpagon, il se transformait en souffre-douleur, il prenait sur lui la raillerie des spectateurs, et en se réjouissant à leur donner du plaisir, il rachetait en quelque sorte le mauvais rire de la moquerie. En jouant les valets entreprenants, tels Scapin ou Mascarille, en imaginant au fur et à mesure des stratagèmes pour résoudre une situation embrouillée, il mettait en scène, en un sens, son travail de dramaturge, et il manifestait l’oeuvre de la comédie, la manière dont elle triomphe enfin du malheur. Il provoquait un rire de jubilation devant le succès de l’inventivité comique. En jouant Monsieur Jourdain dans Le Bourgeois gentilhomme, ou Argan dans Le Malade imaginaire, il incarnait -il était- le fou, le sage, qui nous emporte dans un autre monde, au-delà du mal sous toutes ses formes : le monde de l’art, de la musique, du chant et de la danse qui provoque un autre rire, le plus beau, celui de l’émerveillement.» Le Rire de Molière, Michael Edwards, Editions de Fallois